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"Ce qu'est la beauté, je l'ignore"
Toujours au coeur du débat historique, interlocuteur des souverains, des artistes et des penseurs, protagoniste de son époque, Dürer est un personnage absolument fascinant.
Albrecht Dürer est le troisième enfant d'Albrecht Dürer l'Ancien, orfèvre originaire de Hongrie et arrivé à Nüremberg en 1455. Selon la tradition familiale, Albrecht est lui aussi destiné au métier d'orfèvre. À 13 ans, il en devient donc l'apprenti pendant trois ans et apprend à se servir du burin et de la pointe. Voyant les dons de son fils pour le dessin, Albrecht l'ancien lui donne la permission d'entrer dans l'atelier d'un peintre. C'est ainsi qu'en 1486 il devient l'apprenti de Michael Wolgemut, avec qui il apprend à manier la plume et le pinceau, à copier et dessiner d'après nature, à réaliser des paysages à la gouache et à l'aquarelle et également à peindre à l'huile. Il se familiarise également avec la technique de gravure sur bois.Il est très influencé par Martin Schongauer.
Une fois son apprentissage terminé à Nuremberg, Dürer part pour une série de voyages d'études, à 19 ans, grâce auxquels sa culture figurative prend une dimension européenne. D'une beauté magnétique et d'une grande lucidité, Dürer se présente comme un intellectuel "engagé", alors que les artistes sont encore considérés comme des artisans spécialisés. De 1505 à 1507, il voyage en Italie. C'est la rencontre "au sommet", entre le plus grand artiste allemand, ayant atteint sa pleine maturité, et la culture de la Renaissance italienne à l'apogée de sa splendeur. Une des pages les plus stimulantes de toute la peinture européenne va en surgir aux tous débuts du 16e siècle. Les oeuvres de Dürer, qui se définissent toujours par une intense recherche graphique, présentent un caractère monumental. Nait en lui le désir de donner vie à une beauté à la fois idéale et naturelle. Un ultime voyage, en 1521, le conduit vers Anvers et les Pays-Bas, au contact de Quentin Metsys et de Luca de Leyde. Dans les dernière années, il cherche dans l'art et la modération, un difficile équilibre entre les tensions qui secouent l'Allemagne. Dürer est un artiste "universel", ouvert à des thèmes, des formats et des techniques très différent, soutenu par une prodigieuse inventivité.
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Dürer le graveur
Rappelons que son maître Michael Wolgemut est « responsable de la publication de deux ouvrages xylographiques: le Schatzbehalter (ou thésaurus religieux) et la Chronique de Nuremberg, une sorte de précis historique publié en 1493 avec six cent cinquante-deux bois gravés comprenant trois cents personnages différents (deux cent soixante-dix rois, vingt-huit papes et une riche série de vues de villes, de paysages et de monastères) » . En 1490, il part pour faire son apprentissage ; en 1494, il découvre Vitruve et inclut le canon des proportions dans ses œuvres gravés.
Les suites de gravure qui ont fait sa renommée sont deux séries de gravures sur bois - une « Petite Passion » composée de 37 gravures et une « Grande Passion » de 15 gravures plus une feuille de titre - et une « Passion » gravée sur cuivre de seize feuilles. À cela s'ajoutent une « Vie de Marie » de 19 gravures et une feuille de titre et surtout son « Apocalypse » rassemblant 15 gravures plus une feuille de titre. Il sert de référence pour les graveurs italiens et nordiques qui lui succèdent : Jacopo de' Barbari, Giulio Campagnola et Marc-Antoine Raimondi ou les petits maîtres de Nuremberg comme Georg Pencz et les frères Beham Barthel et Hans. Son jeune frère, Hans, est peintre à la cour de Sigismond Ier.
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Dürer le mathématicien
Déjà artiste accompli, Dürer se rend en Italie en 1494 et rencontre Jacopo de' Barbari qui l'initie au rôle des mathématiques dans les proportions et la perspective. Dürer se plonge alors dans les Éléments d'Euclide et le traité De architectura de Vitruve. Il s'instruit aussi dans les travaux d'Alberti et Pacioli. Il met en pratique ses nouvelles connaissances dans ses œuvres artistiques. Pour construire sa gravure Adam et Ève, il prépare son œuvre par un faisceau de droites et de cercles. Il analyse et développe la nouvelle théorie de la perspective notamment dans ses illustration pour La Vie de la vierge. Le goût d'Albrecht Dürer pour les mathématiques se retrouve dans la gravure Melancholia , tableau dans lequel il glisse un carré magique, un polyèdre constitué de deux triangles équilatéraux et six pentagones irréguliers. Il s'intéresse aussi aux proportions (proportions du cheval et proportions du corps humain).
Il commence à rassembler de la documentation pour rédiger un grand ouvrage sur les mathématiques et ses applications dans l'art. Ce mémoire ne paraîtra jamais mais les matériaux rassemblés lui serviront pour ses autres traités. Son œuvre mathématique majeure reste les Instructions pour la mesure à la règle et au compas (1538, De Symmetria... and Underweysung der Messung mit dem Zirkel und Richtscheit), qui développe en quatre livres les principales constructions géométriques comme la spirale d'Archimède, la spirale logarithmique, la conchoïde, l'épicycloïde, le limaçon de Pascal, des constructions approchées des polygones réguliers à 5, 7, 9, 11 ou 13 côtés et de la trisection de l'angle et de la quadrature du cercle, des constructions de solides géométriques (cylindre, solides de Platon..), une théorie de l'ombre et de la perspective. Il laissera son nom sur un perspectographe simple à œilleton.
La géométrie descriptive (à l'origine de la morphométrie) nécessaire à la représentation des corps dans l'espace, initiée par Dürer sera reprise, deux siècles plus tard, par Gaspard Monge qui en fera un développement complet et artistique.
(extrait de Petite encyclopédie de la Peinture : Stefano Zuffi et wikipédia)
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